" Le hasard n'est
que la somme de nos ignorances. "
PROVERBE JAPONAIS
Les fondements de cet art proviennent
essentiellement du culte Shinto ou "Voie des Dieux", la plus ancienne religion du Japon,
un mode de vie à part entière, qui repose sur de vastes concepts d'harmonies entre l'homme et la nature. Les japonais vénèrent donc les kami, esprits des ancêtres et forces de la
Nature - Mère.
Les montagnes, arbres, eaux, vents, pierres, tonnerre... - pour ne citer que les plus importants - y sont considérés comme manifestations divines.
Cet art s'est enrichi au fil des siècles, par le biais de diverses influences et philosophies relatives à l'histoire du pays.
L'époque des KOFUNS (250 - 538)
Des cavaliers venus en masse de Corée, aux environs de l'an 300, ont imposé leur culture aux habitants des Iles
du Soleil Levant et seraient à l'origine de la naissance des jardins japonais. Les sépultures des dignitaires et chefs de guerre coréens étaient construites
dans des espaces clos, composés de gigantesques tumuli - les kofuns - ornés de poteries et autres décorations végétales, le tout entouré d'une enceinte. L'art
du jardin japonais découlerait donc en partie d'une pratique coréenne relevant du culte des morts.
L'époque ASUKA (538 - 710)
Le Bouddhisme est introduit officiellement dans l'archipel en 552 et dans la fin des années 500, il est imposé
par l'impératrice Shotoku, suite à la victoire du clan Soga, comme religion nationale. De nombreux points communs entre le culte Shinto et Bouddhiste facilitent
une cohabitation pacifique, un mélange de divinités et de certains rites, favorisant ainsi la créativité, dont bénéficie bien évidemment la réalisation des
jardins. C'est donc à cette époque qu'apparaissent les jardins-îles, représentation du paradis et symbole de l'élévation spirituelle.
L'époque NARA (710 - 794)
L'ère Taika ayant précédemment transformé le Japon en une réplique insulaire de la Chine, la période de Nara
qui débute en 710 voit l'apogée de la culture chinoise. Ceci a également un impact au niveau de la réalisation des jardins. Aux éléments essentiels - eaux,
îles et montagnes... - viennent s'ajouter des éléments de décoration - fontaines et lanternes de pierre, ponts... - et les jardins deviennent de plus en plus
grands, fleuris et colorés, entourant palais, temples et sanctuaires bouddhistes.
L'époque HEIAN (794 - 1185)
Jusqu'au 11ème siècle, les règles de création des jardins étaient transmises oralement. C'est à cette époque
que fut rédigé le Sakutei-ki, ou "Notes
sur la fabrication des jardins". Ces écrits ont été attribués pendant très longtemps à Fujiwara Yoshitsune, parce que la fin du texte Gunsho Riuji comportait
son surnom Gokyogokudono. De plus amples recherches ont permis par la suite de l'attribuer à son véritable auteur, Tachibana no Toshitsuna, aristocrate de la
cour impériale. Initié à une technique considérée comme un art, il avait eu pour maître En'en ajari, un moine d'une école du bouddhisme ésotérique, peintre et
maître de jardins. Mort en 1040, ce dernier était le précédent dépositaire des connaissances secrètes.
Cet ouvrage, réservé aux initiés, codifie entre autres, dans quatorze rubriques différentes, la forme, la place et
la représentation des pierres, la taille et l'emplacement de l'étang, la forme de ses rivages et de ses îles, l'orientation du cours d'eau qui le traverse...
Tout ceci suivant les principes énergétiques de l'inyodo ou füsui. Les jardins cherchent à reproduire à l'identique l'ensemble d'un paysage
naturel jusque dans ses moindres détails, afin de sublimer la beauté de la nature.
L'époque KAMAKURA (1185 - 1333)
Le 12ème siècle assiste à la naissance du Bouddhisme Zen, venu de Chine, amalgame d'idées bouddhistes et
taoïstes, introduit par Eihei Dõgen, et qui préconise un retour à la vérité, par le biais d'une recherche personnelle de salut. Il s'appuie sur une discipline
de vie austère, basée sur la méditation, le silence et la connaissance, en vue d'un perfectionnement spirituel, dans le but de parvenir à la maîtrise, la
connaissance et la réalisation de Soi. Visant à trouver la quintessence de toute chose, il enseigne tout autant la réalité des choses que leur vacuité.
Son impact sur l'art et la vie quotidienne ayant été énorme, il influence donc considérablement l'art des jardins. Apparaissent alors des représentations
stylisées et épurées, fidèles traductions de cette quête incessante, où les îles et les pièces d'eau sont remplacées et figurées exclusivement par du sable
blanc et des pierres, le vide étant propice à la méditation.
L'époque MUROMACHI (1336 - 1573)
Cette période, marquée par une renaissance du style chinois et la reprise des relations avec la Chine, voit
encore évoluer considérablement les jardins. Les dimensions vont redevenir plus raisonnables, voire très petites, avec la décoration des cours intérieures
à l'aide de fleurs et d'arbustes. Les jardins devenus secs prennent un rôle esthétique, comme extension de la maison, pour illuminer la vie de ceux qui
l'habitent. Les jardins sont construits et réalisés de manière à pouvoir être appréciés et admirés de différents points de vue, à l'intérieur ou à l'extérieur
de la maison.
L'époque AZUCHI - MOMOYAMA (1573 - 1603)
Cette période voit le développement de la cérémonie du thé, qui se déroule dans un petit pavillon extérieur à
la maison, auquel on accéde par un sentier qui serpente dans le jardin, bordé de lanternes et agrémenté d'un bassin de pierre nécessaire aux ablutions de
purification, qui précèdent l'entrée dans la petite maison de thé et son alcôve ou tokonoma. Il s'agit au niveau du jardin, de recréer dans un espace
réduit, le calme paisible d'une retraite dans la montagne.
L'époque EDO (1603 - 1868)
Cette époque se caractérise par une fermeture du pays sur lui-même. Les jardins de thé vont perdre leur
simplicité primitive pour se fondre dans de grands jardins, luxueux et colorés avec un nouveau style de jardin promenade. Des pavillons indépendants de
la maison se répartissent autour d'un grand lac, des sentiers les reliant, créant un circuit de promenade. Les jardins secs, jardins de thé, jardins îles,
jardins de déambulation et jardins empruntés s'y retrouvent simultanément. L'art du jardin est alors surtout basé sur des considérations esthétiques, mais
garde toute son importance et sa vocation première dans les temples Bouddhistes Zen.
L'époque MEIJI ou contemporaine (De 1868 à nos jours)
Le système féodal est aboli, le Shinto est imposé comme religion d'état (jusqu'à la fin de la seconde guerre
mondiale) et le Japon s'ouvre à nouveau sur le monde, adoptant de nombreuses institutions occidentales. L'art du jardin bénéficie également de cette ouverture,
des massifs de fleurs et de la pelouse y apparaissent alors. Il devient une profession et ne s'adresse plus exclusivement aux initiés. Aujourd'hui, des
architectes et des dessinateurs, au travers d'adaptations modernes de traditions séculaires, expriment le plus pur esprit japonais dans l'art du jardin, en
s'appuyant sur des critères de simplicité et de raffinement.
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